Périple en Franche-Comté – été 2008 – Deuxième jour. A la découverte du paradis…

On a fort logiquement décidé lors de cette première soirée (arrosée, faut bien se remettre !) de partir sur la Loue le lendemain matin, après s'être fait remboursé les cartes journalières inutiles prévues justement pour ce jour. On irait à Ornans et on aviserait selon le niveau de l'eau, le marketing de la plaquette de la fédération de pêche, et surtout selon l'idée qu'on se ferait de la pêche en allant voir de part et d'autre d'Ornans (à l'amont et à l'aval) …

 

Mes yeux se sont ouverts, ce mardi 15 Juillet, sur un ciel d'un pur bleu pâle. Des fumeroles sortant du disque de cendres blanches près duquel j'avais dormi m'ont chatouillé les narines, délicieuse odeur d'un feu de la veille. La rosée perlait sur les tiges vertes des herbes rivulaires. Mon premier réflexe a été d'aller à la rivière, pour imbiber mon visage d'eau fraîche et ainsi me réveiller un peu… J'avais vraiment la tête dans le cul, à cause de tout ce pinard qu'on avait bu la veille. Il faisait déjà chaud (il était environ 9h) et mes habits, moites de sueur, de rosée et d'eau du Cus' me collaient un peu aux pattes. J'ai réveillé Nico, chose que je fais absolument à chaque fois qu'on va pêcher… un jour il faudra que j'imagine des rituels de réveil plus originaux qu'une grosse toux ou que la sempiternelle phrase tiré d'un film que vous reconnaîtrez : (Voix nasillarde) « Y'a machin qui dit qu'y veux aller à la pêche… !». On a bu un petit café, après avoir soufflé sur les braises restantes pour chauffer  de l'eau, et fumé une clope au bord de l'eau. On a remballé la tente et constaté qu'elle était cassée !

 

Après être passés au camping nous faire aimablement rembourser les inutiles sésames, on a pris la route pour Ornans. J'ai mis mon chapeau de paille, on a encore chanté et on a fait deux fois le tour d'un rond point pour mirer les formes généreuses d'une fille qui avait l'air magnifique. C'est pour ça qu'on a fait deux fois le tour, pour voir si on ne s'était pas trompé la première fois !!! On a aussi vu un chevreuil dans un pré, chose assez rare en fin de matinée de plein été, ces cervidés ayant tendance à ne sortir qu'aux extrémités du jour.

 

Nous sommes arrivés à Ornans heureux et suants. Notre premier réflexe, logique, fut de nous arrêter dès qu'on a aperçu l'onde bleue la Loue. Première constatation : elle était un peu haute… Mais à priori pêchable.

 

Enfin, j'étais devant cette fameuse rivière ! Je prenais le temps d'apprécier pleinement ce spectacle, en repensant aux longues heures rêvées, l'hiver, au boulot, sous la grisaille lorraine humide et déprimante. J'avais envie que ce moment dure toujours, qu'il n'y ait plus que moi, la Loue, mon fouet, et mes mouches. J'avais une folle envie de pêcher, de découvrir les joyaux que renfermait cette rivière, de partir à sa conquête, fendu d'eau ruisselante, fouettant et fouettant encore. Je voulais réussir des posés subtils, allonger mes lancers et mes pointes, tromper ces fameuses zébrées et me dire que je n'étais pas tout à fait nul à la pêche à la mouche. J'étais un peu décontenancé par la taille et le débit de la Loue. Certes, je savais que c'était une « grande rivière », mais j'espérais quand même découvrir des coins un peu plus appropriés à ma vision de la pêche à la mouche que ces grands lisses profonds situés à l'amont d'Ornans…

 

La fin de matinée nous vit tourner une bonne demi-heure en voiture pour chercher une place, pas trop loin du centre et à l'ombre, un truc impossible. L'absolue urgence fut de trouver un bar disposant de toilettes. Après avoir réglé nos arabicas et nous être soulagé correctement, on est partis jeter un œil à la maison de la pêche d'Ornans. En route, on est passé devant un magasin de fripes devant lequel je me suis senti obligé de faire une photo !

 

Evidemment, la maison de la pêche était fermée le mardi. On a mangé un morceau sur le pont piéton en observant difficilement quelques ombres, plus facilement de nombreux et dérangeants canards.

 

Nous n'avions donc pas pu obtenir la plaquette de la fédération de pêche du Doubs, et nous avions une furieuse envie de pêcher. Vu le niveau, on a décidé de partir à l'amont et d'aviser selon les coins et les postes que l'on croiserait. En début d'après-midi, la route qui longe la Loue d'Ornans jusqu'à Mouthier Haute Pierre était baignée d'un soleil radieux. Je n'ai pas conduit très prudemment ce jour là… Non pas que j'allais trop vite (au contraire), mais mon regard passait de la route sinueuse à la rivière non moins sinueuse, que l'on apercevait de temps à autre au détour d'une courbe de fin de pool, ou d'un lisse entre deux champs… Nous considérions le niveau de la Loue toujours trop haut, et l'eau était d'une turbidité un peu bizarre, presque laiteuse… Inquiets, nous continuions à remonter la vallée. Arrivée au village de Mouthier Haute Pierre, nous nous sommes arrêtés et renseignés à l'auberge qui vendait les cartes de pêche. La femme de l'aubergiste nous dévoila, outres ses formes généreuses et son sourire franc propre aux gens de la campagne, ce qu'elle savait sur la pêche « dans l'coin ». On décida de prendre nos cartes sur cette aappma, et advienne que pourra. L'auberge était perchée en haut du village. On s'est alors précipités en bas pour découvrir le joyau, admirer les courants, chercher un coin pour camper et enfin, enfin pêcher la Loue.

 

Nous avons pris un petit chemin derrière une série de trois grosses et vieilles fermes, de belles bâtisses, des résidences secondaires de premier choix. La rivière s'offrit alors à nos yeux ébahis. Ce coin de pêche était de loin le plus splendide qu'il nous ait été donné de voir. La rivière, sortant de ses gorges inaccessibles, sombres et profondes, coulait ses eaux bleues entre une rive boisée et abrupte et un coin d'arbres et d'herbes, petit paradis pour campeur, jardin d'Eden de moucheur. La lumière d'été inondait les feuilles et Nico aperçut même quelques gobages de notre côté. Nous n'avons pas hésité l'ombre d'un instant : nous camperions ici !

 

Ce que Nico ne savait pas encore, c'est qu'il prendrait une belle truite le lendemain, à l'endroit des fameux gobages…

 

7 commentaires.

  1. Kerouack adoptait un mode d'écriture très linéaire, il écrivait comme ça venait… Il en résulte les plus beaux hymnes à la liberté que j'ai pu lire, alors te bile pas, l'émotion est là. C'est un voyage foutraque, dans une vieille clio avec une tente pêtée, des bas de ligne qui tirait à moitié la gueule (mort de rire la queue de rat de Nico à la fin !!)… Ce serait écrit autrement et de manière plus classique l'émtion y serait plus !!

  2. Salut,
    Je trouve que tu as un vrai talent d'écrivain. Que d'émotion transmise à la lecture de tes textes.
    @+

  3. Hé bé j'suis pas une machine… Faut le temps que ça vienne…
    En plus j'écris trop vite je trouve, c'est un peu brouillon, n'importre quoi dans l'emploi des temps, trop supericiel sur certaines choses.
    J'aimerai avoir l'intelligence de réecrire certains passages, revoir certaines tournures de phrases ou carrément virer certains paragraphes. Mais bon, c'est écrit, je pourrai reprendre ça quand je serai vieux, ou bien durant l'hiver.
    Merci Alex pour tes inévitables et sympathiques comentaires !!!

  4. … trois fois pour lire ta news ! Toujours aussi sympa à lire… J'ai hâte de lire le récit de vos premières captures (ta 1ere en nav, ton ombre en carton…)

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