Pêche d'automne

 

Les ronds d'ondes prometteurs

Qu'admirent mes yeux rieurs

Se noient discrètement

Puis fondent dans le courant 

Les feuilles rousses qui dévalent

Sur cette eau de cristal

Mélangent leurs rousseurs

Aux premières lueurs

Aux prémices de l'hiver

Ma soie qui fouette l'air

Réchauffe mon coeur triste

De ne pas être artiste

A la fin de l'automne

J'entends mon âme qui tonne

Quand l'étendard violet

Tout à coup apparaît

Ami, bière et pâté

Gobages et ratés

La lumière d'or tombe

Sur un caresseur d'onde.

 

 

 

 

Périple en Franche-Comté – été 2008 – Le bonheur à l'état pur.

On a donc commencé à pêcher la Loue. Quel délice, de lancer sa soie dans cette rivière tant attendue ! Vous dire que l'on a fait une pêche exceptionnelle serait mentir. Je ne sais même pas combien nous avons pris de poissons ce jour là. Par contre, le plaisir de pêcher dans un tel endroit nous ôtait toute forme de frustration face à des poissons peu coopératifs. Je dirai même que la pêche n'en était que meilleure. On a évidemment commencé par l'aval du parcours, par lequel nous étions arrivés et ou Nico avait aperçu quelques gobages. Pendant que je ne regardais pas, occupé sans doute à refaire ma pointe ou nouer une autre mouche, Nico fit un « Wouuuuff » retentissant, dont la profondeur traduisait nécessairement la sincérité.

 

- Parce que souvent, on se fait des petites blagues, du genre : « Wouuuff t'as vu !! »

« Non »

« Un magnifique bout de bois »

Ce qui ne fait plus rire personne… Mais bon…

 

Il avait vu un « sacré machin monter », je ne sais plus si c'était sur sa mouche ou sur un insecte réel… Il a comme il se doit lancé et relancé à l'endroit ou était supposé être le « machin », mais rien, nada, peau d'zob… Je crois qu'il a quand même fait une ou deux truites à cet endroit, des petites.

 

L'eau était vraiment très froide et comme le port du waders était interdit (‘font chier quand même !) j'ai remballé au coup de soir un peu plus tôt que l'heure légale, d'une part parce que j'avais froid, d'autre part pour aller un peu au bois et préparer le camp. Nous avions décidé de s'éloigner un peu de la voiture pour camper et je voulais amener le matériel nécessaire (tente, lampe, sacs, bouffe, boissons…) avant que la nuit ne tombe complètement.

 

Nico m'a rejoint rapidement en prenant au passage les bières que j'avais oubliées dans l'eau d'un gros ruisseau qui se jetait dans la Loue à cet endroit là. En guise de frigo, on enfermait les canettes dans un filet à mailles fines, celui-là même qui enveloppait mon chest-pack Geologic quand je l'ai acheté (ceux qui l'ont verront de quoi je parle !).

 

Sympa, le frigo ?

On a ramassé un peu de bois mort mais le site, sauvage mais néanmoins assez fréquenté n'offrait pas une réserve de combustible digne d'alimenter un feu tel que nous le concevions, c'est-à-dire un bon et long feu. On a donc été au village, de nuit sans faire de bruit, pour aller en piquer un peu. D'énormes tas de bois – l'hiver est long et froid à Mouthier Haute Pierre – jouxtaient les trois grandes bâtisses que nous avions croisées en arrivant sur le coin. Sans trop de remords, car il y en avait vraiment beaucoup, on a donc tapé un peu dedans pour nous nourrir, nous chauffer et nous éclairer durant la soirée. On est repartis en courant et en rigolant, tels des gamins ricanants après avoir accompli leur infantile forfait. Nous sommes revenus au camp avec notre malhonnête provision et je ne sais plus ce qu'on a mangé. On a apprécié la fraîcheur pétillante de nos 1664 et fumé quelques clopes en les allumant délicieusement avec nos « briquets naturels », c'est-à-dire au bout d'un bâton enflammé, chose que l'on adore faire. Pourquoi utiliser l'artificiel quand le naturel est si simple, si proche, si bon ?

 

L'aube était passée depuis longtemps quand nous nous sommes réveillés le lendemain. Les premières secondes qui suivent l'émergence d'un être humain en voyage sont souvent suivie d'une question cruciale : « Ou suis-je ? ». Ce matin là, la réponse m'apparu en ouvrant la tente…

   

 


 

L'originelle beauté de cette « pré-vallée » était époustouflante. Le vert des feuilles était parfait, l'eau de la Loue claire et fraîche, les bois sombres d'en haut s'éclaircissaient peu à peu, et les oiseaux étaient nombreux. C'était vraiment un coin magnifique. La lumière pure se mélangeait à l'air sain sortant des gorges dans un tableau précis et propre. Aucun bruit parasite ne venait troubler ce paradis. On se sentait si bien qu'on avait l'impression de pouvoir toucher le bonheur, d'un simple geste. Mâchouiller une herbe, regarder le ciel, préparer sa canne. Choisir une mouche, l'attacher et pêcher immédiatement. Voir ce cincle plongeur filer telle une flèche noire et blanche, et surveiller la dérive de sa mouche. Caresser des yeux un courant, un caillou, une racine. Tremper ses mains dans l'eau froide, s'humidifier le visage, fumer une clope (et mettre le mégot dans sa poche !). Contempler encore le ciel, les sapins tout en haut, le martin pêcheur et l'éphémère hésitant, et mouiller son regard avec la rivière, à nouveau, toujours, à jamais.


 

 

Nous nous sommes appliqués durant cette journée à peigner consciencieusement les courants et les bordures de la rivière, en sèche puisque d'une part la nymphe était interdite et que d'autre part nous ne savions pas pêcher à cette technique, que nous trouvions de toutes façon bien moins sympa que la sèche. Le parcours, de la sortie des gorges encaissées jusqu'à l'amont d'une chute au niveau des trois fermes faisait environ 300m. Nous avons donc pêché tranquillement cette portion sans nous presser, en soignant nos dérives et en revenant sur les postes qui n'avaient pas marché quelques heures avant. On est descendus quand même un peu à l'aval, pour voir. On a compris l'origine de la turbidité laiteuse de la Loue qu'on avait vue quand on étaient partis d'Ornans.


 

 


 

Une pelleteuse était carrément dans la rivière, à l'aval d'un pont… Bon, la pêche vers l'aval était compromise, mais la perfection de notre coin sur l'amont était telle qu'on s'en foutait (quoiqu'on étaient quand même dégoûtés de voir ça…). On est donc vite remontés « chez nous » et on a continué à pêcher comme des malades.

 

Voici la vue que nous avions en regardant à l'amont… (le poste était déjà pris !). Pour venir boire un coup "chez nous", suivez la rivière qui tourne au fond à droite et remontez encore un peu…


 

En fin d'après midi, Nico traînait ses mouches à l'endroit ou l'on avait découvert la rivière la veille et ou il avait vu des gobages. J'étais pour ma part un peu plus en amont, m'appliquant à pêcher ma bordure peu profonde. J'entendis soudain un « Gros, amène toi ! Vite !!! ».

« Là, y'a du lourd », me dis-je.

J'accourais par le chemin surplombant la rivière et dévalait l'abrupt talus jusqu'à Nico, cramponné à sa canne, concentré autant que sa canne était courbée. Après un combat homérique, non j'abuse là, mais quand même un beau combat avec rush, reprise de soie et moult contorsions, une jolie zébrée vint dans sa main mouillée et tremblante. C'était ça qu'on était venus chercher ici. La lumière jaune du soleil inondait nos visages radieux (surtout celui du Nico), une belle truite dorée entre les mains, mon fidèle ami était sincèrement heureux, et moi aussi, pour lui. On l'a laissé repartir doucement et elle a zigzagué mollement entre les rochers pour repartir dans les profondeurs de la Loue. Nico m'annonça que d'ores et déjà son séjour était réussi.


 

 

Pour ma part, j'attendais encore Le poisson…

L'aber

Dans l'aber profond, d'un silence brumeux

Se dégagent doucement des silhouettes blanches

Braves toiles pliées, fières coques de planches

Fin d'une nuit sans fond d'un beau noir aqueux

Les mâts endormis dans le flou breton

Emergent et reluisent sur le sable gris

Dans la lumière pâle d'une aube qui sourit

Aber qui s'éveille dans les demi-tons.

 

 

Périple en Franche-Comté – été 2008 – Deuxième jour. A la découverte du paradis…

On a fort logiquement décidé lors de cette première soirée (arrosée, faut bien se remettre !) de partir sur la Loue le lendemain matin, après s'être fait remboursé les cartes journalières inutiles prévues justement pour ce jour. On irait à Ornans et on aviserait selon le niveau de l'eau, le marketing de la plaquette de la fédération de pêche, et surtout selon l'idée qu'on se ferait de la pêche en allant voir de part et d'autre d'Ornans (à l'amont et à l'aval) …

 

Mes yeux se sont ouverts, ce mardi 15 Juillet, sur un ciel d'un pur bleu pâle. Des fumeroles sortant du disque de cendres blanches près duquel j'avais dormi m'ont chatouillé les narines, délicieuse odeur d'un feu de la veille. La rosée perlait sur les tiges vertes des herbes rivulaires. Mon premier réflexe a été d'aller à la rivière, pour imbiber mon visage d'eau fraîche et ainsi me réveiller un peu… J'avais vraiment la tête dans le cul, à cause de tout ce pinard qu'on avait bu la veille. Il faisait déjà chaud (il était environ 9h) et mes habits, moites de sueur, de rosée et d'eau du Cus' me collaient un peu aux pattes. J'ai réveillé Nico, chose que je fais absolument à chaque fois qu'on va pêcher… un jour il faudra que j'imagine des rituels de réveil plus originaux qu'une grosse toux ou que la sempiternelle phrase tiré d'un film que vous reconnaîtrez : (Voix nasillarde) « Y'a machin qui dit qu'y veux aller à la pêche… !». On a bu un petit café, après avoir soufflé sur les braises restantes pour chauffer  de l'eau, et fumé une clope au bord de l'eau. On a remballé la tente et constaté qu'elle était cassée !

 

Après être passés au camping nous faire aimablement rembourser les inutiles sésames, on a pris la route pour Ornans. J'ai mis mon chapeau de paille, on a encore chanté et on a fait deux fois le tour d'un rond point pour mirer les formes généreuses d'une fille qui avait l'air magnifique. C'est pour ça qu'on a fait deux fois le tour, pour voir si on ne s'était pas trompé la première fois !!! On a aussi vu un chevreuil dans un pré, chose assez rare en fin de matinée de plein été, ces cervidés ayant tendance à ne sortir qu'aux extrémités du jour.

 

Nous sommes arrivés à Ornans heureux et suants. Notre premier réflexe, logique, fut de nous arrêter dès qu'on a aperçu l'onde bleue la Loue. Première constatation : elle était un peu haute… Mais à priori pêchable.

 

Enfin, j'étais devant cette fameuse rivière ! Je prenais le temps d'apprécier pleinement ce spectacle, en repensant aux longues heures rêvées, l'hiver, au boulot, sous la grisaille lorraine humide et déprimante. J'avais envie que ce moment dure toujours, qu'il n'y ait plus que moi, la Loue, mon fouet, et mes mouches. J'avais une folle envie de pêcher, de découvrir les joyaux que renfermait cette rivière, de partir à sa conquête, fendu d'eau ruisselante, fouettant et fouettant encore. Je voulais réussir des posés subtils, allonger mes lancers et mes pointes, tromper ces fameuses zébrées et me dire que je n'étais pas tout à fait nul à la pêche à la mouche. J'étais un peu décontenancé par la taille et le débit de la Loue. Certes, je savais que c'était une « grande rivière », mais j'espérais quand même découvrir des coins un peu plus appropriés à ma vision de la pêche à la mouche que ces grands lisses profonds situés à l'amont d'Ornans…

 

La fin de matinée nous vit tourner une bonne demi-heure en voiture pour chercher une place, pas trop loin du centre et à l'ombre, un truc impossible. L'absolue urgence fut de trouver un bar disposant de toilettes. Après avoir réglé nos arabicas et nous être soulagé correctement, on est partis jeter un œil à la maison de la pêche d'Ornans. En route, on est passé devant un magasin de fripes devant lequel je me suis senti obligé de faire une photo !

 

Evidemment, la maison de la pêche était fermée le mardi. On a mangé un morceau sur le pont piéton en observant difficilement quelques ombres, plus facilement de nombreux et dérangeants canards.

 

Nous n'avions donc pas pu obtenir la plaquette de la fédération de pêche du Doubs, et nous avions une furieuse envie de pêcher. Vu le niveau, on a décidé de partir à l'amont et d'aviser selon les coins et les postes que l'on croiserait. En début d'après-midi, la route qui longe la Loue d'Ornans jusqu'à Mouthier Haute Pierre était baignée d'un soleil radieux. Je n'ai pas conduit très prudemment ce jour là… Non pas que j'allais trop vite (au contraire), mais mon regard passait de la route sinueuse à la rivière non moins sinueuse, que l'on apercevait de temps à autre au détour d'une courbe de fin de pool, ou d'un lisse entre deux champs… Nous considérions le niveau de la Loue toujours trop haut, et l'eau était d'une turbidité un peu bizarre, presque laiteuse… Inquiets, nous continuions à remonter la vallée. Arrivée au village de Mouthier Haute Pierre, nous nous sommes arrêtés et renseignés à l'auberge qui vendait les cartes de pêche. La femme de l'aubergiste nous dévoila, outres ses formes généreuses et son sourire franc propre aux gens de la campagne, ce qu'elle savait sur la pêche « dans l'coin ». On décida de prendre nos cartes sur cette aappma, et advienne que pourra. L'auberge était perchée en haut du village. On s'est alors précipités en bas pour découvrir le joyau, admirer les courants, chercher un coin pour camper et enfin, enfin pêcher la Loue.

 

Nous avons pris un petit chemin derrière une série de trois grosses et vieilles fermes, de belles bâtisses, des résidences secondaires de premier choix. La rivière s'offrit alors à nos yeux ébahis. Ce coin de pêche était de loin le plus splendide qu'il nous ait été donné de voir. La rivière, sortant de ses gorges inaccessibles, sombres et profondes, coulait ses eaux bleues entre une rive boisée et abrupte et un coin d'arbres et d'herbes, petit paradis pour campeur, jardin d'Eden de moucheur. La lumière d'été inondait les feuilles et Nico aperçut même quelques gobages de notre côté. Nous n'avons pas hésité l'ombre d'un instant : nous camperions ici !

 

Ce que Nico ne savait pas encore, c'est qu'il prendrait une belle truite le lendemain, à l'endroit des fameux gobages…

 

Périple en Franche Comté – été 2008. Seconde partie : premier coup du soir et première soirée sous les étoiles.

D'un pas décidé nous avons descendu la rivière de quelques dizaines de mètres, en longeant le champ de maïs. On a commencé à pêcher cette rivière un peu salvatrice. L'eau, tout de même un peu haute, était vraiment froide, surtout quand je me suis aperçu qu'elle entrait sournoisement dans mon waders au niveau de mon genou droit ! Eh bien, j'accompagnerai Nico pendant toute la semaine à la fête des pattes mouillées, vu que le sien était troué aussi. C'était les vacances, on était une bande de jeunes, on se fendait la gueule… Au troisième lancer, un type sur la berge m'accosta.

«  Bonjour Monsieur, vous savez que le pantalon de pêche est interdit ? »

« Et ça continue… » – Me dis-je intérieurement… « Aââââh boôoon » (A la Roselyne Bachelot dans les guignols !)

Je me confonds en excuses et explique à ce (sympathique) garde bénévole notre situation, la déception du Doubs, notre programme et nos intentions pacifistes et no-killiennes…

Ce monsieur daigna alors nous laisser continuer, en nous mettant en garde et en nous conseillant fortement (nous imposant presque) de ne pas nous mouiller au dessus des genoux. Le brave type m'a aussi informé, après avoir lu ma carte journalière fraîchement acquise et non sans avoir caché un sourire piteux, que la pêche le mardi (soit le lendemain) était interdite sur le Cusancin… Allons bon, on se fera rembourser au camping, avec un joli sourire !

 

            Le début de ces vacances tant espérées s'avérait donc un peu galère. Le Doubs impêchable, la panne turque, l'interdiction du waders et par-dessus tout l'achat d'une carte de pêche journalière mentionnant justement que la pêche était interdite ce jour là ! Mais ça ne pouvait qu'aller mieux par la suite, et celle-ci allait nous le prouver ! En effet, après la visite de l'âgé bénévole, nous redescendîmes le cours d'eau à la recherche de postes marqués. A l'aval, le Cusancin, débouchant de son écrin de verdure sur un pool lumineux, profond et large, s'ouvrait entre un champ de vache et un pré dans lequel nous aurions bien planté la tente si l'accès en voiture eut été aisé (ah les feignants !).

Sur ce poste, on a aperçu les premiers gobages. Malheureusement, ils étaient inaccessibles pour nous, situés en bordure de pool sur le côté du champ bovin. Nous avons donc remonté la rivière, non sans avoir apprécié une cigarette de Camel roulée à l'endroit de la prise de vue.

 

            Le premier poisson fut pour Nico. En remontant, le coup du soir commençait et les gobages apparaissaient ça et là. Dans un courant, après un virage profond, je loupais deux poissons coup sur coup, presque dans mes waders. Nico, en allongeant un peu, réussi à en faire monter un sur sa mouche, laquelle lui avait été donnée par notre ami Stan (Mulisha sur gobages) avant de partir en Ecosse, lors d'une partie de pêche printanière sur la Haute-Moselle. C'était un petit voilier en cul de canard pourpre, mouche à ombre par excellence. Nico, que la contrariété contrarie (logique, mais si vrai !) sorti donc un ombre de taille moyenne, mais très valorisant au vu du fait qu'il était le premier de ces vacances, ce que ce dernier ne savait pas, évidemment. Allez, c'était parti, on allait prendre du poisson !!!

 

 

 

La suite de la remontée fut sans histoires, sans gobages et sans poissons. Seule une truite d'une trentaine de centimètres fut capturée par mes soins, sur la bordure droite d'un radier surplombé par de grands arbres plongés dans l'ombre d'une nuit qui fondait doucement.

Nous sommes allés chercher du bois mort au bord de l'eau, à la lueur de nos lampes frontales (un moment qu'on adore !), sorti les tapis de sol et le vin rouge, déballé la viande, puis le pain, et enfin allumé un bon feu grâce à quelques herbes sèches trouvées à proximité. Nous nous sommes abreuvés et nourri, au goulot et aux doigts, et on a déplié la tente (Maintenant, avec Décathlon, on ne plante plus la tente, on la déplie !).

 

J'ai dormi à la belle étoile cette nuit-là, et Nico dans la tente. L'air frais de la nuit franc-comtoise caressait l'herbe et le bois mort. Le maïs ondulait, se fondant dans l'obscurité. Putain que c'était bon, la liberté absolue. Absolue ? Non, deux contraintes me rappellaient à l'ordre : le rspect de la législation routière et halieutique ! Sinon, oui, on étaient libres. Pas de réservations pour des campings, pas de femmes, pas d'horaires à respecter pour manger, dormir ou se lever, pas de repas imposé, pas d'heure limite pour rentrer, au delà de laquelle on se prend une soufflante, pas d'itineraire routier précis, pas d'interdiction de fumer, de boire, de crier sa joie d'être là, de se baigner à poil, de faire la sieste dans l'herbe… Pas d'obligation de se laver, de manger proprement, de boire dans un verre, de payer l'eau (un truc que je deteste particulièrement), de mettre sa tente sur un emplacement précis (Si, ce sera à Champagnole, vous verrez plus tard ;) ). Personne pour nous faire chier ! Ca allait vraiment être excellent !!!!

 

 

Promis, bientôt, davantage de pêche !

Périple en Franche Comté – été 2008. Première partie : départ et premières surprises…

Depuis bien longtemps nous rêvions Nico et moi-même de tremper nos lignes à mouche dans les rivières calcaires de la Franche-Comté, berceau de la pêche à la mouche en France. De la mythique Loue en passant par le Doubs frontière, puis l'Ain (La Haute et la Basse) et ses affluents. Nico est mon ami d'enfance et de pêche depuis toujours, et c'est ensemble qu'on a vécu la plupart des moments qui font qu'on est véritablement accro. Les joies, les déceptions, les coups du soir dans le soleil couchant, les nuits à la fraîche en écoutant les gobages sonores de grands poissons, les grosses prises et les bredouilles, les coups de froid et les discussions interminables de l'hiver, autour d'une bière bon marché, en revenant souvent à cette idée de voyage dans le Doubs et le Jura, en imaginant mille fois ce coup de pêche qui nous rapporterai une truite sauvage zébrée, près de la bordure, vous savez, sous l'arbre et derrière le rocher, à la limite du courant…

 

 

 

Après avoir blindé ma voiture – heureusement dépourvue de sièges à l'arrière – d'affaires de pêche, d'une tente, du matériel de camping et autres diverses choses dont j'aurai besoin plus tard dans l'été en Bretagne, et vérifié maintes fois s'il ne nous manquait rien, nous sommes partis à midi de Nancy pour une semaine de pêche intensive le jour de la fête nationale. Le feu de ce soir ne serait pas d'artifice mais de bois sec ramassé au bord de l'eau et l'éclat sonore qui le suivrait serait à la fois dans nos cœurs et dans le nœud de sapin qui crépiterait sous le firmament de la liberté !

Nous avions prévu d'arriver à Goumois en fin d'après-midi, de prendre rapidement nos cartes à la Chipotte ou au moulin du Plain et de pêcher jusqu'au coup du soir, tout en cherchant un endroit pour dormir, puis de rester quelques jours à pêcher le Doubs. Sur le trajet, nos voix enjouées clamaient d'habituelles rengaines, parce que nous étions vraiment très heureux d'y être enfin, et aussi parce qu'il n'y avait pas de musique dans la voiture. L'habitacle résonnait donc de plus en plus de nos chants éperdus au fur et à mesure que l'on s'approchait de cette vallée frontière prometteuse.

 

C'est alors que nous avons vu ce qui semblait être une pauvre famille dépitée autour d'une voiture âgée et probablement en panne. Le type nous a fait signe, et malgré la désagréable perspective de rater quelques minutes de pêche, je me suis arrêté pour évaluer l'aide que nous pourrions éventuellement lui apporter.

«  Bonjour Monsieur, vous avez besoin d'aide ? », lui demandais-je.

« Si Missieu, ché la foitour qu'a là bah ‘al marche pli … Aske fous avi un telephoune pour moi telephouner à oune ami ? »

« Ah… la belle affaire, me dis-je ».

« En Suisse » qu'il me dit.

« Bon… prenez mon portable mais rapidos alors, hein ? ».

« Ok ah mirssi bicou missieu mirssi !!! »

Il s'en suivi une (un peu trop longue) conversation en turc ou nous devinâmes à ses éclats de voix soudains que ce cher monsieur n'étaient pas content du tout que sa voiture tombe en panne au milieu de nulle part et qu'il voulait aller à Lyon et que ce serai bien si on venait le chercher etc… ». Lorsqu'il a raccroché, il nous a demandé un peu d'argent. Il faut dire ici que nous avions un budget famélique pour cette semaine de pêche et que le peu d'argent que nous avions était exclusivement réservé à l'achat des cartes et de la nourriture. Après que nous ayons poliment rejeté sa demande, il arracha sa grosse chevalière de son annulaire bourru et nous la tendit en nous implorant de lui prêter 100€. (Mais mon pauvre ami, c'est le budget de nos vacances ! En plus j'suis sûr que c'est du toc…). La détresse de ce pauvre homme coincé sans argent ici avec sa fille, sa femme et sa poubelle en panne faisait de la peine, mais elle commençait à se muer en une forme de rage que nous n'avons voulu ni voir ni entendre, et nous sommes habilement remonté dans la voiture pour foncer enfin vers Goumois, le Doubs et les truites zébrées du coup du soir !

 

Arrivés au village, le bonheur d'y être enfin se transforma en une stupéfaction désolante, une déception aussi brusque qu'inattendue, un profond dépit… Le Doubs était tout simplement impêchable. Ses eaux brunes roulaient sous le pont de la frontière en charriant des masses algueuses arrachées par le débit gonflé dû aux orages malfaisants qui nous avaient précédé. Les mines déconfites, nous sommes tout de même allé nous renseigner à la Chipotte sur l'éventuelle baisse de niveau prochaine mais nous savions au fond de nous que c'était râpé pour le Doubs. « Hé ben ça commence bien ma poule ! » lançais-je à Nico sur un ton ironique teinté d'amertume. Après quelques minutes de réflexions et quelques clopes au bord de ce désespérant spectacle, j'ai eu l'idée d'appeler JB, un pote moucheur de Besançon, pour lui demander conseil. Il me dit alors qu'il était sur le Cusancin et que celui-ci était pêchable. On en aurait pour une demi-heure de route et on aurait encore le temps de pêcher. Roule ma poule, on a décollé de Goumois avec de grands regrets et on est partis pour cette rivière moins connue mais proche et basse. Nous sommes arrivés là bas en toute fin d'après-midi et on s'est arrêté au bord d'un ruisseau que l'on pensait être un bras du Cusancin en plein village, ou de nombreux gobages attirèrent notre attention. J'ai garé la voiture et nous sommes allés voir de nombreuses truites, certaines pas vilaines, se nourrir en surface comme dans un rêve. Trop beau pour être vrai, on a vu le panneau « réserve » assez tard pour y croire…

 

L'achat des cartes de pêche au camping fut une formalité. Comme nous avions prévus de passer deux à trois jours sur le Doubs, nous avons pris la carte du Cusancin pour deux jours (le soir même et le lendemain).

 

Enfin (nom de Dieu !), la voiture était garée, le coin pour camper trouvé entre la rivière et un champ de maïs, et on pouvait monter nos cannes, visser le moulinet, passer la soie dans les anneaux de nos fouets, enfiler nos pantalons de pêche, s'harnacher de nos gilets, accrocher les fils des pointes à nos mouches et ces dernières aux crochets desdits fouets prévus à cet effet. Quelques coups de manivelle, la soie se love dans la bobine, le bas de ligne remonte et se tend doucement… C'est parti !!!!!!!!!!!!

 

La suite dans la prochaine partie, avec plus de photos, plus de rêve, plus de pêche et plus d'aventure !!! ;)

La montagne aux mille couleurs

Des imposants minéraux qui se dressent vers le ciel

Sortent des vegetaux aux mille et une couleurs

De gros boutons dorés suaves comme du miel

Des herbes virevoltantes comme des milliers de soeurs

Une fourrure qui ondoie sous la caresse du vent 

Des clochettes accrochées violettes de vertige

Et cet arbuste chétif de la falaise pend

Sur le vide bienfaisant, féérique voltige

 

Bivouac aux lacs de Crupillouse (Parc National des Ecrins)

Depuis longtemps, avec mon père, on rêvait de se faire un vrai bivouac en altitude (+ 2000). On est donc partis vendredi du hameau des Beaumes, au coeur du parc national des Ecrins, pas très loin de la station d'Orcières-Merlette. Le début du sentier annonce la couleur : ce sera raide. Effectivement, en quatre heures de marche, on passe de 1300m d'altitude à plus de 2700m, soit un dénivellé record de 1400m dont mes mollets se souviennent encore !

Mais que l'ascension est belle ! Une multitude d'éspèces végétales et animales nous accompagnent sur le sentier. Des fleurs jaunes, roses, violettes ou bleues qui ploient au dessus du vide, dominant de leurs frêles tiges la sauvage vallée du Drac blanc.

L'effort physique est largement compensé par la beauté originelle de ces paysages montagnards.

Les nuages jouent avec les cimes, provoquant des jeux de lumières et de contrastes tout à fait remarquables.

 Dejà, on devine l'eau des lacs qui dévale et cascade le long des abrupttes parois, creusant les névés et la roche immémoriale.

Enfin, après avoir suivi le sentier dans les pierriers et admiré le vol éphemère d'un aigle royal et la course agile de quelques chamois, nous découvrons le premier lac de Crupillouse que je m'empresse de pêcher :

Au deuxième lancer, un gobage ! Mon premier omble chevalier !!!

Il a fallu ensuite trouver un endroit à l'abri du vent, plus que frais en fin de journée et la nuit à 2700m d'altitude. En remontant un peu, on a trouvé un endroit fait pour placer une petite tente, entre quatres murs de pierres grossiers. Voilà où on a campé cette nuit là. Sympa la vue non ?

En fin de journée, nous avons vus avec inquiètude de gros nuages s'ammonceller et entendu le grondement sourd et menaçant d'un orage dont on ne savait pas s'il allait arriver sur nous ou si nous allions passer à côté par miracle… Un gros orage d'été en pleine montagne à cette altitude… boudiou on a eu chaud !

Et la pêche, dans tout ça… Eh bien je pense que les poissons (alevinés) du lac n'ont quasiment jamais vus de mouche artificielle, ce qui a rendu la pêche facile. En une heure de temps, j'ai bien pris une dizaine de poissons. Oh, pas mes monstres. La relative pauvreté en nourriture du milieu fait que ces poissons sont d'une maigreur impressionnante. Quelle plaisir de leurrer si facilement ces poissons, souvent à vue, dans les eaux cristallines d'un lac inaccessible !

Je n'avais jamais fouetté devant un chamois. Quelle délicieuse sensation de toucher des yeux ce peuple d'altitude sauvage et farouche ! Le voyez vous sur cette photo ?

Aussi loin que peut porter le regard, ce ne sont que cimes, pentes abruptes, pierriers et névés, forêts et rivières… Et au fond, tout au fond, la ligne bleue non pas des Vosges mais des féériques montagnes du Mercantour.

Après tant d'efforts et tant d'émerveillement, après avoir escaladé la montagne, pêché le lac inferieur de Crupillouse, admiré l'aigle royal dans un thermique et le chamois sur une crête, après avoir dîné et planté (accroché aux pierres plutôt) la tente, on a bien mérité une bonne nuit.

Encore un grand MERCI à mon Papa pour me faire vivre de tels moments !

Je m'en vais plein d'espoir…

Salut à tous

Lundi prochain, je pars avec mon ami d'enfance pour un rêve qui nous hantait depuis quelques années déjà : la pêche à la mouche en Franche-Comté. 

Cette dizaine de jours de voyage nous verra nous arrêter sur le Doubs, la Loue et la rivière d'ain (la haute et la basse). Je n'aurais plus accès au net jusqu'à début Août donc j'en profites pour vous souhaiter à tous de bonnes vacances pour ceux qui partent et bon courage pour ceux qui bossent !

Je ferai plein de photos et réflechi déjà à la tournure de mon récit… que je ferai peut-être cet hiver, histoire de combler la frustration et d'avoir le temps de faire un article de qualité.

Même si je sais que les poissons sont éduqués et seront ultra-difficiles (surtout pour nous, piètres pêcheurs), nos yeux s'empliront de joie à la vue de ces paysages tant imaginés. 

Le programme : pêche à la mouche, feu, chansons, camping (plus ou moins sauvage, on verra) et rebelote ailleurs…

 ON THE ROAD !

Pleins d'espoirs, vous dis-je …

Gros chevesnes en sèche… Que du bonheur !

Alors que l'accablante chaleur sévissant sur Nancy alliée à la brume cervicale post-fête de la musique me cloue au canapé une bonne partie de l'après midi d'hier, je décide quand même d'aller faire un tour au moulin noir avec Nico pour voir si y'a pas moyen de plier un peu le carbone. Bien nous en a pris, on a pêché en sèche une bonne dizaine de kilos de poissons à deux, pour 9 chevesnes en pleine forme.

 

 

 

L'eau était vraiment basse. C'est idéal pour la pêche de ces gros poissons méfiants qui maraudent entre les courants et les nombreux herbiers. Même si le choix de la mouche nous a plongé par moments dans d'intenses réflexions, mélange de questionnement, confiance, hésitations…

 

Lorsqu'enfin, on a trouvé la bonne mouche – qui était cet après-midi un cul de canard cerqué à ailes en flanc de canne (une mouche beige, quoi !), la fête pouvait commencer…

 

Le Nico s'est rappellé ce jour là qu'un poisson, ça gigote et ça glisse… Ce qui donne une photo très marrante ! Voyez leurs têtes à tous les deux ! 

 

Il y a de très gros poissons au moulin noir. Les gobages sur nos mouches sont assez diversifiés mais toujours discrets. Tantôt c'est une micro aspiration, tantôt une bouche énorme qui sort, parfois même une simple bulle fait disparaître la mouche. Le ferrage et le démarrage qui s'en suit est alors un sacré moment ! Sentir la tension dans la soie que ti la main gauche que ces lourds cyprins imposent est véritablement génial !

 

 

Le coup du soir n'a pas été dantesque au niveau des éclosions. Nous avons donc profité sereinement du spectacle de la fin du jour, lent déclin du soleil colorant le ciel de mille couleurs. Les nuances d'oranges se reflète sur la rivière et sur nos cannes, sur les courants et dans nos âmes et l'orage qui gronde au loin passe son chemin sans nous menacer. 

 

 

 On a quand même une sacré belle passion !