L'ami Georges

        Si je vous parle de Georges
Brassens, à quoi pensez – vous ? Une moustache ? Une guitare ?
Une pipe en bois ? Une chanson très connue, genre « Les copains
d'abord », « L'auvergnat » ou « Les amoureux des bancs
publics » ?

Certes,
Brassens, malgré son côté bourru et carrément réac', c'était le bon copain pour
tout le monde. Celui dont on chante les chansons entre amis, au bord d'un feu,
ces chansons de notre enfance en colo, ces chansons que tout le monde connaît…
Quand je dis aux gens que j'adore Brassens, je vois que la plupart d'entre eux
ne connaissent pas son œuvre plus que les quelques chansons, certes sympa,
citées plus haut…

 

           Ici, j'ai envie de vous parler des
chansons de Brassens moins connues mais exceptionnelles d'un point de vue
musical et poétique.

Une
de mes préférées, vraiment, est « La princesse et le croque-note ».
C'est l'histoire d'une petite fille adoptée par des crasseux qui tombe
amoureuse d'un musicien… Ecoutez-là, c'est une œuvre splendide, musicalement
très fine, rythmée, dont les paroles sont formidablement bien écrites. Quelle
émotion !

    Georges
Brassens avait une plume géniale, et il n'hésitait pas à s'en servir pour
pondre des pamphlets très drôle ! Le plus connu est « Le
gorille », chanson contre l'institution judiciaire. Mais « Hécatombe »
est une de ses chansons les plus engagées. Sublime histoire de bagarre
« au marché de Brive-la-Gaillarde » dont les protagonistes féminines
se réconcilient lorsqu'il s'agit de « rosser les cognes »,
c'est-à-dire les gendarmes venus mettre fin au caillon. La fin de la chanson
est terriblement humiliante pour les représentants de la loi. Non seulement ils
se font effectivement rosser, mais Brassens nous affirme ceci dans le dernier
couplet :

 

« Jugeant
enfin que leurs victimes
Avaient eu leur content de gnons
Ces furies comme outrage ultime
En retournant à leurs oignons
Ces furies à peine si j'ose
Le dire tellement c'est bas
Leur auraient mêm' coupé les choses
Par bonheur ils n'en avait pas
Leur auraient mêm' coupé les choses
Par bonheur ils n'en avait pas »

 

        J'adore aussi « L'amandier ».
Sur un air entraînant mais terriblement difficile à chanter juste, il nous
raconte l'histoire d'une fille venue lui quémander ses amandes… Ah, Brassens et
les filles, c'est toute une histoire !

 

     J'aimerai aussi vous parler de
« La mauvaise herbe »… Cette chanson est du style de la
célébrissime « Mauvaise réputation ». Brassens y campe un
personnage un peu rejeté de la société et fier de l'être… La mauvaise herbe…
J'adore l'ambivalence du terme à notre époque ou tout est interdit et ou les
gens doivent suivre des chemins de bétons tout tracés…  Comprends qui
peut, comme dirait ce cinglé de Boby Lapointe !

 

      Savez-vous Georges Brassens a chanté
« La mauvaise réputation »  en
espagnol ? Elle s'appelle fort logiquement « La mala reputacion »
et est formidable de sonorités ibériques ! Olé !

 

        « L'orage » est
encore une histoire de fille et de tromperie (thème récurrent chez Brassens,
dans « Le cocu », notamment). Elle est si bien racontée et si
mélodieuse que je l'ai vite apprise par cœur.

    On
retrouve un autre thème qui revient souvent dans ses textes, c'est le milieu de
la prostitution. Dans « Le mauvais sujet repenti », il se mue
en génial mac pour abandonner ensuite sa « protégée » à cause d'un
« maladie honteuse ». Je vous laisse apprécier (ou pas) la dernière
phrase :

« Sitôt
privé' de ma tutell',
Ma pauvre amie
Courrut essuyer du bordel
Les infamies…
Paraît qu'ell' s' vend même à des flics,
Quell' décadence !
Y a plus d' moralité publiqu'
Dans notre France… »

 

       « Le bistrot »
parle du « gros bleu qui tache », c'est-à-dire le vieux vin miteux
qu'on boit dans des tavernes à son image… « Le vin » est une ode à
cette boisson dont Brassens apparemment raffolait, selon lui-même depuis sa
plus tendre enfance :

« On conte
que j'eus
La tétée au jus
D'octobre… »

 

        « Saturne » est une
magnifique chanson traitant de la longévité amoureuse (je crois que c'est la
seule qu'il ait faite sur ce thème). Comme toujours, la musique et les mots
s'allient parfaitement pour donner un caractère unique à la chanson… A l'image
du personnage.

 

        « La légende de la nonne »  est une formidable reprise d'un poème de
Victor Hugo. L'alliance de la qualité de la plume de ce dernier et du timbre de
voix de Mister Georges est bluffante.

 

         Que
dire de la chanson « Les trompettes de la renommée » ? Au
paroxysme de sa carrière, Brassens envoie cette chanson dans la tronche de ses
détracteurs. Quelle leçon d'humilité ! Les jeunes abrutis des émissions de
télé actuelles devraient en prendre de la graine…

 

         Allez,
une dernière : « Supplique pour être enterré à la plage de Sète ».
Poétiquement, je trouve que c'est une des plus belles ! Elle est
parfaitement rythmée. A la fin de cette dernière, Georges Brassens parle du
Panthéon… Lui qui ne voulait pas y enter et qui refusait qu'on le compare aux
plus grands poètes (Paul Valéry, dans cette chanson)… Eh bien moi je le hisse
personnellement à la première marche.

 

         Georges
Brassens, pour moi, n'a pas d'égal. Je me suis promis d'aller sur sa tombe, à
Sète (elle n'est pas sur la plage…), pour pleurer d'émotion devant l'immense
beauté de son œuvre… Et y laisser un petit poème qu'il trouverait sûrement
ringard… M'enfin, c'est Maxime Le Forestier qui a dit ça un jour, je
crois : « Celui que ne s'est jamais fait traité de petit con par
Georges ne devait pas être très proche de lui… » Puisse Brassens me
traiter de « petit con » de là-haut, s'il daigne apercevoir l'admiration
sans limites que je lui porte…

5 commentaires.

  1. et non ce n'est toujours pas le producteurs de ces merveilleux dvd de peches!!!
    juste pour te dire que ton blog est vraiment sympa et que je suis meme malgres mon jeune age un grand admirateur de george (j'ai toute sa collection) et que ma preférée est “la suplique pour etre enterré a sete”, et tant d'autres que je ne pourrais citer tellement elles sont nombreuses!!!
    a bientot sur le tchat

  2. Je me souvient à une époque j'écoutais du Brassens pour aller à la pêche et cela me rendait joyeux et détendu,comme mon bas de ligne…
    Tu m'a donner envie de retrouver la cassette 😉

  3. du moment que tu l'aimes !
    Mais à l'époque le mariage était encore une quasi obligation, la chanson n'en avait que plus de force.

  4. J'me suis marié l'été dernier ! et j'ai 24 ans… Arf mais je la trouve jolie aussi… Et le pornographe, excellent !
    Merci Alx !

  5. j'aime beaucoup Brassens, bien qu'il soit mort quand j'avais un an…
    Ma préférée est peut être la non demande en mariage, une superbe déclaration d'amour qui montre qu'on peut s'aimer en dehors des carcans de la société… Ã  méditer pour tous les jeunes qui foncent à à peine 20 ans en mairie et à l'eglise…
    Les trompettes… j'adore, ainsi que le pornographe du phonographe…
    Non brassens ce n'est pas toute le temps les mêmes accords… C'est l'anar doux et poétique qui peut d'une phrase faire très mal.

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